Ma vie au Bhoutan _ par Linda Leaming

J’aimerai partager avec vous ma dernière découverte littéraire, celle de l’auteure Linda Leaming _ une Américaine qui a quitté son Nashville natal  aux États-Unis pour enseigner l’anglais au Bhoutan. Cette contrée himalayenne que plusieurs considèrent comme le pays le plus heureux du monde. L’auteure a dû désapprendre un mode de vie aux antipodes de celui qu’elle a découvert.

Avant de vous faire découvrir quelques morceaux choisis, quelques informations sur ce pays unique qu’est le Bhoutan!

Un jour, il y a de cela environ 20 ans, le quatrième roi du Bhoutan a déclaré que son peuple préférait le bonheur intérieur brut au produit national brut. Cette déclaration en apparence anodine, donnée à l’occasion d’une entrevue, a néanmoins débouché sur un plan de développement pour le pays. Aucune décision ne peut être prise par le gouvernement du Bhoutan à moins de répondre à deux des quatre critères suivants :

  • Toute proposition du gouvernement doit être justifiée sur le plan économique
  • Elle doit contribuer à sauvegarder l’environnement
  • Elle doit aider à promouvoir les traditions culturelles du peuple bhoutanais
  • Elle doit être en lien avec une bonne gouvernance.

 

Souvent, le gouvernement renoncera à des gains économiques faits au détriment des autres aspects de la qualité de vie. C’est pourquoi il y a très peu d’industries lourdes au Bhoutan, un pays pourtant riche en ressources naturelles, car le seul avantage que ce type d’investissement peut apporter est strictement économique. Il ne sert en rien l’environnement, al culture ou la gouvernance.

C’est cette voie modérée qu’à adoptée la jeune démocratie du Bhoutan. Même s’il s’agit d’un des pays les moins développés du globe, c’est le seul pays (à part Cuba) où les soins de santé et l’éducation sont gratuits. Le Bhoutan est un exemple de pays qui, sans être riche, fait beaucoup de choses de la bonne façon.

 

Maintenant que vous en savez un peu plus, petit medley de mes moments préférés à travers les yeux d’une Américaine fraichement débarqué au Bhoutan!

 

  1. S’apaiser

La culture est également un facteur  de stress pour moi parce que peu importe depuis combien de temps je vis au Bhoutan, et peu importe toutes les choses que j’aime à propos de sa culture, je dois faire des efforts pour m’y adapter et l’intégrer dans mon systèmes de valeurs.

Ce qui me déstabilise encore est la façon dont je vois les autres. Peu importe l’endroit où je me trouve, les gens que je rencontre peuvent facilement m’exaspérer puisque j’estime secrètement que, si chacun faisait ce que je lui dis de faire, le monde irait beaucoup mieux.

L’autre constante est mon niveau de stress car, comme la plupart des Américains, j’essaie d’en faire trop. Aux États-Unis, ce besoin de gratification immédiate en toute chose exacerbe ce manque de calme ; nous tentons désespérément de tout avoir tout de suite. Au Bhoutan, il faut au moins une heure pour accomplir une seule tâche. La vitesse engendre encore plus la vitesse. Si nous pouvions voyager dans le temps, nous tenterions d’accomplir la veille toutes nos tâches de la journée et avoir ainsi plus de temps pour en faire plus aujourd’hui. N’ai-je pas raison ?

Nous ne sommes pas habitués à penser à long terme, à nous recentrer et à cultiver une humeur égale et sereine. En fait, la perspective de ralentir nous effraie.

J’ai appris au Bhoutan que, pour être calme, vous devez prendre conscience des états mentaux et physiques qui se manifestent. Cela semble une évidence, mais, trop absorbés par le quotidien, nous perdons le contact avec  nos émotions. L’autoanalyse est une habitude importante à acquérir : sentez comment vous vous sentez.

  1. Voyager avec peu de bagage

Je crois qu’à un moment ou un autre de notre vie, tous et chacun d’entre nous devons faire ce que les membres des Alcooliques anonymes font, soit un inventaire mental et émotionnel afin de déterminer la nature exacte du bagage que nous transportons. Je sais également que, pour ressentir une réelle passion dans sa vie, pour s’enthousiasmer à propos de quelque chose, pour vivre le moment présent et pour accomplir l’extraordinaire, il faut voyager avec peu de bagages. Libérez-vous des  pièges  émotionnels auxquels vous êtes enchainés. Brisez  vos chaînes, peu importe le moyen que vous utilisez.

Nous comprenons alors que nous possédons au plus profond de nous-mêmes ce qui nous pousse à nous réveiller le matin et à commencer la journée : une force, un phare, un but, un amour propre. Nous en tant que personne. Quelque chose que nous ne pouvons pas perdre. La chose la plus importante. Cette prise de conscience m’a aidée à me débarrasser d’une partie de mon bagage émotionnel. N’avoir rien d’autre que moi-même m’a aidée à comprendre ma propre valeur. Je possédais quelque chose qu’il m’était impossible de perdre.

Une fois mes valises retrouvées, j’ai fini par donner la plupart des affaires que j’avais apportées. Voilà où j’en étais rendue. Ce n’était pas tant un rejet du confort moderne qu’un constat que je n’en avais plus besoin.

Rassemblez les idées et les émotions qui vous freinent et vous entrainent dans un cul-de-sac. Empaquetez-les dans une valise imaginaire et jetez-les en bas d’un pont tout aussi imaginaire. Laissez la rivière les emporter.

 

  1. Boire du thé

Petit traité pour bien le préparer :

  • Éteignez la tv, la radio, votre téléphone
  • Prenez votre tasse préférée
  • Faites bouillir de l’eau
  • Déposez un sachet de thé dans la tasse
  • Versez l’eau bouillante. Il est important de bien imbibé. Le sachet afin de réveiller le thé. Laissez le sachet tremper une minute ou deux en plaçant un petit couvercle au-dessous de la tasse.
  • Asseyez-vous. Buvez.
  • Voici maintenant la partie la plus difficile : ne faites rien d’autre.

  1. Être sauvé par la bonté

Lors d’un petit déjeuner avec John, le directeur d’un magnifique hôtel de Paro, son ami avait commandé un œuf à la coque. Lorsque que le serveur l’a apporté, John s’est aperçu qu’il était cru en coupant le dessus de la coque.

Ça arrive tout le temps en Asie, a-t-il dit en replaçant le dessus de la coque tout en cherchant le serveur du coin de l’œil. Les gens ici mangent très peu d’œufs à la coque.

Lorsque le serveur est apparu, John a parlé à voix basse comme s’il se confiait, sans chercher à attirer l’attention sur lui ou le serveur (le restaurant était plein de touristes).

Je suis désolé, a-t-il dit. Je me suis trompée dans ma commande. Auriez-vous l’obligeance de dire au cuisiner de mettre de l’eau dans une casserole, de la faire bouillir, puis de faire cuire l’œuf dans l’eau bouillante pendant trois minutes ? C’est ainsi que je veux mon œuf. Dites-lui aussi que je suis désolé pour le dérangement. Puis il a souri de nouveau. Le serveur a acquiescé puis est retourné en cuisine.

C’est typique de l’Asie. Le cuisinier a fait une erreur, mais à quoi bon la relever ? C’est une façon de lui permettre de sauver la face. Et je ne voulais pas non plus m’en prendre au messager qui n’a fait qu’apporter la nourriture.

Au lieu de dénoncer l’erreur, tu laisses entendre qu’il s’agit de ton erreur, puis tu lui demandes de faire preuve d’indulgence et de réparer ton erreur idiote. Le tour est joué.

Le serveur va dire au cuisinier que j’ai fait une erreur puis il va lui expliquer comment faire cuire l’œuf. Le serveur sait que le cuisinier va comprendre.

 

Permettre à l’autre de sauver la face est un acte de bonté. Pas de cri, pas d’excès. Parfois même vous reprenez l’erreur à votre compte.

Comme partout ailleurs, on retrouve au Bhoutan toutes sortes de comportements. Il existe certes une hiérarchie mais le plus petit dénominateur commun est le suivant : tous font un effort pour faire preuve de civisme et pour permettre ;a l’autre de sauver la face. Élever la voix, manifester sa colère ou attirer l’attention sur soi d’une manière négative, se plaindre ou se donner en spectacle, sont considérés comme le summum des comportements à proscrire.

Sauver la face est une question de civisme, et le civisme et la bonté concourent à assurer une bonne qualité de vie. Si vous êtes incapable, ou que vous refusez de vous mettre dans la peau de l’autre, ou qu’un manque d’empathie vous empêche d’accorder aux autres un minimum de respect et de dignité, rien ne va plus.

A la base, la colère protège notre ego. Nous cédons à la colère lorsque nous avons peur, que nous avons l’impression de perdre le contrôle, ou que ce que nous ressentons réellement nous dépasse. Le premier geste à poser pour être plus aimable envers le monde est d’abord de faire preuve de bonté et de compassion envers soi. Là est la clé. Au fur et à mesure que vous faites preuve de compassion envers vous-même, vous en venez graduellement à faire la même chose envers les autres. C’est un moyen de court-circuiter la colère et la peur et, par-dessus tout, de se pardonner.

La gentillesse amène la gentillesse.

 

  1. Être ce que l’on mange

Au Bhoutan, il y a une transparence associée à la nourriture, puisque nous vivons près des sources d’approvisionnement et que nous voyons comment elle est produite, ce qui m’amène à penser que ce que nous mangeons en dit long sur notre personnalité. Il n’y a rien de tarabiscoté à propos de la nourriture. Elle est présentée simplement, ce qui inspire en retour l’humilité. Vous mangez, vous appréciez ce que vous mangez, puis vous passez à autre chose.

 

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